"Voir et entendre : deux manières d’aborder « L'Atelier Volant »", critique de Christiane Lucas-Plantive*

Publié le par Christiane Lucas-Plantive

Si, comme Saint Thomas, vous ne croyez que ce que vous voyez, alors L’Atelier Volant sera pour vous une farce grimaçante, écrite à la fin des années 60, quand l’opinion publique découvrait et se gargarisait des « capitalos ». Ici, M. Boucot est le gros proprio d’une entreprise où s’appliquent tous les clichés de la lutte des classes – mais non, ce n’est pas un gros mot ! Ce qui nous est donné à voir est fondamentalement primaire, aussi bien dans les couleurs que dans un décor sobrement brossé, mais aussi dans les portraits stéréotypés des ouvriers comme du médecin-homme-de-main falot.

Reste l’épouse de M. Boucot, Mme Bouche, sa solide comparse que l’on ne peut pas ne pas voir tant elle se différencie par sa parure et par l’aspect « éminence grise » de son activité.

On peut voir tout ça et s’en satisfaire – on a vu pire dans le genre démonstratif de la réalité sociale –, mais ce serait oublier que l’essentiel n’est pas là. L’auteur Valère Novarina, qui signe aussi, pour la première fois, la mise en scène de ce texte, est un jongleur d’un genre particulier : sa matière première, c’est la langue, celle faite de mots… Pour aller au-delà de ce que l’on voit, il faut d’abord écouter, écouter pour entendre ce que Novarina nous dit, les petits « accroche-mots » qu’il nous offre au fil du spectacle et les musiques de certains textes d’acteurs sur lesquelles le spectateur peut se laisser bercer, car il n’y a rien d’autre à faire…

L’histoire que nous voyons racontée passe au second plan quand nous parvenons à entendre ce qui se joue, « la lutte des langues » ou la mélodie du dit, en somme, la « nov’langue »…

Seul problème : pour décrypter ce premier plan, il faut avoir la clé, celle que constitue une initiation à l’écriture de Novarina, sinon le spectateur en restera à ce qu’il voit et n’applaudira que les bouffonneries de M. Boucot et de Mme Bouche et les pathétiques interventions des ouvriers.

 

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                                                                                                 © A. Fonteray


* Christiane Lucas-Plantive est l'une des participantes à  C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de L'Atelier volant , écrit et mis en scène par Valère Novarina.

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