"De l’humilité du métier d’acteur", critique de Jocelyne Lacaille*

Publié le par Jocelyne Lacaille

"Le corps et l’âme, c’est pareil, non ?" C’est par cette phrase du metteur en scène Cédric Orain, à propos de son spectacle, que l’on peut dépeindre Sortir du corps. Sur scène, cinq corps très différents. Cinq personnalités ou plutôt cinq tempéraments qui s’exposent dans un décor minimal. Un rideau évoquant la séparation de la scène et des coulisses. Un portant pour les costumes. Et le cœur de ce dispositif : un carré aux frontières lumineuses, sorte d’arène dans laquelle chacun à leur tour, ils se jettent pour dire la langue de Valère Novarina.

Au premier abord, c’est la vision des corps qui nous interpelle. Une réelle fragilité s’en dégage. Sûrement dûe au fait qu’ils ne correspondent pas aux critères physiques habituels des acteurs, influencés eux-mêmes par les stéréotypes de beauté actuels.

Mais très vite, dès la prise de parole, on perçoit une tension intérieure, très émouvante qui nous accompagnera jusqu’à la fin du spectacle. Cette extrême concentration, pour dompter le texte de Novarina, réputé difficile, fait que malgré les difficultés de diction, les hésitations, ou peut-être grâce à elles, il sort juste et devient une évidence. Il n’est pas joué, il est vécu. Avec son lot de souffrances, aux limites toujours repoussées. La rage de vaincre ce texte est perceptible dans la crispation des corps, la respiration difficile et l’épuisement visible après les tirades les plus ardues. Quelle leçon de vie devant cette humilité !

On a la vision d’une incarnation du texte, avec une puissance de jeu qui se transmet au spectateur. On vit le texte avec l’acteur, on balbutie, on hésite, on respire avec l’acteur. Quelle leçon de théâtre ! On en ressort subjugué et bouleversé.

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                                                                            Crédit photo : Frédéric Iovino

* Jocelyne Lacaille est l'une des participantes à  C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de Sortir du corps, spectacle basé sur des textes de Valère Novarina et mis en scène par Cédric Orain avec les comédiens de la compagnie de l'Oiseau-mouche.

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