"L'Atelier volant : l’effacement de la scène devant le texte, ou pas…", critique d'Anne Curmi*

Publié le par Anne Curmi

La pièce  L’Atelier volant de Valère Novarina, présentée au Théâtre Dijon Bourgogne du 22 au 26 janvier 2013, mise en scène par l’auteur lui-même a posé la question de l’articulation ou de la complémentarité entre le texte et la mise en scène d’une pièce de théâtre. Disons plutôt comment une scénographie peut-elle « servir » le texte, le mettre en valeur, le mettre en beauté… ou peut-elle au pire le desservir. Drôle de question… Imaginerait-on d’un côté l’auteur, et de l’autre le scénographe, l’un écrire, l’autre mettre en scène sans que le second ne cherche à transmettre par la mise en scène, le décor, la musique et le jeu des comédiens, l’essence même de la pièce ? Et pourtant, il a pu arriver que certaines mises en scène n’aient pu traduire le sens et la beauté mêmes d’une pièce, ou inversement, où l’adéquation texte et scène ont trouvé une harmonie extrême – le but recherché –, où « c’est la scène qui, dans ce cas, "réalise" un texte » (Marguerite Duras). Je pense à  Alexis, Une tragédie grecque, présentée à Théâtre en Mai, en 2012, où la violence des faits et du texte ont été portés par le jeu des acteurs (et notamment la performance de l’Italienne Silvia Calderoni), leur gestuelle et les images vidéos qui nous donnaient à voir la dureté des événements relatés.

Revenons à notre Atelier… D’ailleurs, l’on pourrait en tout premier lieu s’interroger sur le titre…Atelier, atelier d’usine, atelier de mots ? Volant ? parce que les mots volent en tous sens, dans toutes les figures de style, et qu’ils nous emmènent dans une sorte de tourbillon littéraire, ou plutôt linguistique… ?

La question « mise en valeur du texte par la scénographie » est, dans cette pièce, d’autant plus saugrenue que c’est Valère Novarina, lui-même, qui a créé la scénographie, pour cette pièce de toute jeunesse qu’il n’avait jamais mise en scène. Peut-on alors dire qu’il a réussi sa mise en scène, qu’elle est aussi brillante – et volante – que le texte ? ou plutôt n’aurait-il pas fait exprès d’effacer la mise en scène – mais est-ce possible de la part d’un auteur –, devant le texte, qui a priori est ce qui prime dans cette pièce ? Difficile de répondre à cette question, le texte d’abord, la scène ensuite, ou les deux… Personnellement, je n’ai pas été époustouflée par la mise en scène et j’ai donc été d’autant plus attentive au texte, aux mots, excellemment bien mis en « bouche » par les acteurs… Pari gagné pour Novarina ?

Car, après tout, la simplification/schématisation des costumes, des objets, du décor qui « représentent/symbolisent » des situations codifiées, des personnages « à la chaine », comme ces tuniques/pyjamas beiges, ces objets stylisés, ces couleurs primaires, la mer/toile au sol, etc. tranche complètement avec la richesse et le foisonnement du texte volubile, exalté, travaillé, aux figures de style, aux recherches de mots et d’expressions, à la créativité sans cesse renouvelée. L’auteur pourrait se trouver offusqué que la mise en scène soit mise en doute, même si la valeur du texte est reconnue comme imaginative et brillante. Un atelier, où l’on travaille, où l’on besogne, un atelier dans sa simplicité laborieuse, mais où les mots s’envolent, s’emballent, portent des symboles et nous font rêver ? Après tout, reconnaître ce contraste atelier simplifié/texte brillant, n’est-ce pas admettre que l’un a volontairement servi l’autre, et que tout l’art de Novarina réside donc dans cette opposition… Dichotomie, si je puis me permettre ?

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                                                                                                    © A. Fonteray

 

* Anne Curmi est l'une des participantes à  C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de L'Atelier volant dans la mise en scène qu'en a donné Valère Novarina.

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