"Et après, qu’est-ce qu’on fait ?", critique de Christiane Lucas-Plantive*

Publié le par Christiane Lucas-Plantive

Oui, qu’est-ce qu’on fait après la fête, après l’amour, après… ? Dans La Meilleure part des hommes, la question est posée de manière récurrente par Willie dont la vie est un déchaînement permanent, alimenté par une rage de vivre, de provoquer, de blesser, voire de détruire, y compris et peut-être surtout ceux qui l’aiment… Mais lui, aime-t-il ?

Aime-t-il en particulier Doumé, son compagnon de vie, professionnellement installé, pour qui la fête, l’amour,… sont des moments privilégiés qui s’enchaînent, sans nécessité de se poser la question de l’après. Ils s’enchaînent…peut-être enchaînent-ils aussi, comme voudrait le démontrer Leibo, le philosophe, dans son ouvrage sur la fidélité…

Les termes du débat sont posés, introduits et commentés par Val, l’amie de Willy, la collègue de Doumé et la maîtresse de Leibo.

Et le débat pourrait n’être que de pure forme si ne s’invitait, brutalement, à l’orée des années 80, « la » maladie d’amour dont furent d’abord victimes les homosexuels, le SIDA.

Brutalement, nous revivons, à l’aide d’images d’actualités et de quelques sobres scènes (interviews de médecin, d’hommes politiques, d’intellectuels, rencontres de militants,…), la chronologie de ce surgissement mortel, de la recherche médicale boostée par des associations de soutien, de la nouvelle obligatoire protection des rapports sexuels, des regards portés par l’opinion publique sur les communautés homos et trans, etc…

Ce spectacle pourrait n’être qu’une compilation de cette actualité de la fin du XXesiècle, et ce n’est pas le cas. Nous suivons, avec émotion, la rencontre amoureuse de Willy et Doumé, le parcours chaotique du premier, les choix éthiques du second, l’opportunisme de Leibo et la lucidité de Val. Ces quatre acteurs (Thibaut Corrion, Régis Laroche, Zbigniew Horoks, Marie Nicolle) sont convaincants, parfois poignants de vérité, mais les autres (Yann Burlot, Nicolas Chupin, Vincent Hulot, Anthony Roullier, Adrien de Van), interprétant successivement de multiples rôles (journaliste, médecin, partenaire sexuel, employé ANPE, militant associatif, malade, transsexuel, etc…) contribuent à la véracité de l’histoire.

Pauline Bureau a librement adapté le roman de Tristan Garcia intitulé lui aussi La Meilleure part des hommeset donne envie de le découvrir. Elle signe également la mise en scène, une mise en scène tirée au cordeau qui soutient sans faillir l’attention du spectateur durant plus de deux heures, avec le choix d’îlots de lumière, de ponctuations musicales live,de vidéos, d’images d’actualités, de deux niveaux d’intervention – qui donnent du volume au spectacle –, de décors sobres et mobiles.

Pauline Bureau nous présente un vrai spectacle de théâtre et, comme tel, il y a une chute finale que le spectateur n’imagine pas être une « happy end »… Sur ce thème de l’homosexualité et du SIDA, dans les années 80-90, la mort s’invite toujours. Ici, elle touchera ceux qui ont joué à la roulette russe en refusant de se protéger, ceux qui, en définitive, auront choisi une forme de fidélité à la destruction et à la mort.

 

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                                                                                       photo : Julien Piffaut

 

* Christiane Lucas-Plantive est l'une des participantes à  C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de La Meilleure part des hommes , mis en scène par Pauline Bureau.

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