autour de "Purgatoire à Ingolstadt", critique de Sabine Choumiloff*

Publié le par Sabine Choumiloff

On sort de Purgatoire à Ingolstad avec l'impression d'avoir été décoiffé par un vent subit et violent. Ils sont six jeunes comédiens bien soudés à tenter de nous embarquer dans les errances d'une jeunesse en panne d'avenir. Ils dansent, crient, bougent, se parlent, se frottent, se saisissent et se jettent, voire s'humilient avec l'énergie du désespoir sur un rythme frénétique. On imagine une petite ville de province, de Bavière en l'occurrence au début du XXe siècle,mais cela pourrait être aussi bien aujourd'hui, quelque part en Occident. Ce qui palpite, c'est leur jeunesse et le besoin qu'ils ont de se frotter à la vie, ce qui les entrave c'est la morbidité des adultes qui les entourent et la société qui les contraint. Il semble qu'à peine nés ils soient déjà mort. La mise en scène de Maëlle Poésy n'éclaire pas toujours le texte de Marieluise Fleisser écrit en 1924, et certaines scènes restent opaques. Peut-être parce que les ponts jetés entre 1924 et aujourd'hui ne sont pas toujours praticables d'emblée. L'image de l'échafaudage au centre de la scène n'est pas très évocatrice et celui-ci fige l'espace sans lui donner une réelle consistance. Il est tout et rien à la fois et laisse une idée de vide, un espace non-significatif comblé par l'énergie des comédiens. Des éléments de costumes et des accessoires parfois décalés, allant du blanc pur – pureté pervertie – au multicolore – c'est la fête – en passant par le noir, renvoient à un monde émotionnel rapidement changeant. Lors des changements de décor – ces derniers assurant la transition entre chaque scène –, la présence de bruits et de musique donne l'impression d'être dans une spirale galopante dont on ne s'extrait pas, et leur célérité provoque une sensation de vertige. L'énergie, le désir communicatif des comédiens de porter ensemble ce texte, tout comme leur savoir-faire et leur jeu étonnamment à l'unisson, donnent à l'ensemble une grande fraîcheur, qui rend d'autant plus cruelle la réalité de leurs personnages. Ils tendent à leur(s) aîné(e)s un miroir si cruel qu'il est douloureux de s'y reconnaître. En cela, Purgatoire à Ingolstadt devrait rencontrer un écho particulier auprès du public adolescent.

2012-12-10_21.12.49-1.jpg © Julien Piffaut

 

* Sabine Choumiloff est l'une des participantes à  C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de Purgatoire à Ingolstadt , pièce de Marieluise Fleisser mise en scène par Maëlle Poésy.

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