autour de "L'Atelier volant", critique de Véronique Henry*
Écrit et mis en scène par Valère Novarina, L'Atelier volant offre une satire de notre société dans une langue complètement déstructurée, une poésie de l'absurde pour dénoncer la déshumanisation de notre vie, de nos rapports sociaux, familiaux, personnels. À la manière du film Les Temps modernes de Chaplin, du théâtre d’Eugène lonesco, ou de la poésie d'Henri Michaux, et via un travail très novateur sur la langue poétique au service de l'écriture d'une pièce de théâtre, il dénonce avec une force inédite l’absurdité de notre condition humaine dans la société actuelle.
Le décor minimaliste aux couleurs primaires qui rejoint l’univers enfantin du dessinateur Dick Bruna, souligne la volonté de l’auteur de montrer la dichotomie entre le monde des « producteurs/consommateurs » en costumes ternes et celui des « exploitants » en costumes monochrome. Dans cet atelier de production, les liens étroits d’interdépendance qui se tissent dans les situations de travail et de vie quotidiennes entre les différents protagonistes, les poussent dans une course folle à la production/consommation. Les mots se tordent, les syllabes s'intervertissent, les expressions des personnages s’inversent progressivement, marquant leur incapacité non seulement à dire mais à vivre cet engrenage insensé, à stopper cette spirale infernale qui les enferme dans une non-vie. Novarina crée une langue propre, distordue, et l'emboîtement de ses mots-valises et expressions servent le sujet de la pièce avec humour et poésie.
© A. Fonteray
* Véronique Henry est l'une des participantes à C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de L'Atelier volant dans la mise en scène qu'en a donné Valère Novarina.