Qu'advient-il du chasseur cueilleur au fil des ères ? Critique de "Bienvenue dans l'espèce humaine" par Mireille Calvel
Représentation vivifiante, ironique, qui appelle en premier lieu le rire, puis l’interpellation du spectateur, peut-être, Bienvenue dans l'espèce humaine aborde plusieurs thèmes. Parmi ceux-ci : quid de l’espèce humaine au travers des civilisations et depuis la « nuit des temps » ? Que reste-t-il du « chasseur-cueilleur », primate, animal, prédateur ? Que reste-t-il de l’instinct sauvage chez « l’animal homme » campé sur ses deux jambes ? Ou, pour reprendre les propos du metteur en scène Benoît Lambert, faut-il désespérer de la race humaine, dans ces jeux de massacres de ses congénères sous quelque forme que ce soit ? L’évolution de la race humaine poursuit-elle la sempiternelle angoisse de mort ?
Pour y répondre, nous assistons à une comédie qui reprend les codes de la conférence avec les références de l’omnipotente télévision : j’affirme donc je sais, sans oublier les images « choc » du tableau la Chute des anges rebelles de Bruegel l'ancien, peintre hollandais du XVIe siècle. Deux comédiennes à l’uniforme masculin (ne sommes-nous pas dans un monde dirigé par l’homme masculin ? Ne sommes nous pas dirigés par le monde financier aux codes vestimentaires particuliers ?) dialoguent sur la compréhension du monde « civilisé », le fondement de leur paroles s'inspirant de discours de grands philosophes et scientifiques. Tous leurs propos sont revus et corrigés dans le langage et les réflexions d’aujourd’hui, utilisés par « l’homme de la rue ».
De notre cueilleur chasseur, au bipède libéré de l’attraction terrestre, la vision s’élargit naturellement dans un capitalisme obligé. Les conférencières nous tiennent le discours d'un capitalisme comme évolution naturelle, et le ton railleur de leur propos évoque le ton actuel des médias lors d’une dés-information. La scénographie rappelle elle aussi étrangement les repères télévisés et leur rôle sur l’influence des masses.
L'équipe fait le choix du burlesque, celui-ci permettant de faire passer un message fort sur le ton de l’ironie : l’être humain ne chercherait-il pas à s’autodétruire, en conservant et entretenant son agressivité animale ?? Le capitalisme ne serait-il pas porteur d’esclavagisme et de fin de race humaine à terme ? De même, quel sort ou quelle vocation est-il laissé à l'élément féminin, passeur de vies ? Il est passé sous silence dans cette représentation ou, alors, assimilé au masculin. À moins qu'il ne soit laissé à l’appréciation du spectateur ?
Derrière des apparences légères, cette comédie questionne le plus profond de l’âme du spectateur, en lui laissant libre réflexion, et libre réponse...
paul cox