Grandeurs et décadences, critique de "Très nombreux, chacun seul" par Mireille Calvel

Publié le par Mireille Calvel

Interprété par Jean-Pierre Bodin,  Très nombreux, chacun seul se présente comme un monologue, joué dans un décor dénudé, vide, occupé d'un câble, d'un rideau sur scène, de quelques « clips ». Mais si c'est bien ce qui nous est annoncé, est-ce de la souffrance au travail dont il est question dans ce spectacle ? À travers les propos inspirés de témoignages vécus d’ouvriers en réaction au monde patronal l'on passe du travail à la chaîne aux pressions vécues, imaginées ou subies, au sentiment de l’employé, ouvrier ou autre, d’une non-reconnaissance de sa personne par son travail. Mais le monde du travail est-il encore au XXI° siècle porteur de liens sociaux, de valorisation de la personne, de codes sociaux peut-être un peu archaïques et sans nul doute périmés ? Ce contexte de travail « paternaliste » peut-il perdurer, soit celui d'une entreprise familiale où chaque membre se positionne de manière bien infantile par rapport à une direction ? Peut-on imaginer ce lieu porteur de fraternité de nos jours, de collectif, qui amoindrit l’individualisme ? Peut-on accuser de pressions subies lors de l’avènement d’un suicide dans l’enceinte d’un lieu de travail ? Que reste-t-il dans ce cas de ce qui relève du choix de la personne ? Dans notre monde démocratique, d'adultes, le choix simple (oui, ou non) demeure, chacun restant responsable et acteur de sa propre vie, de ses propres contradictions. Chaque adulte demeure libre de choisir son enfermement, sa liberté, ou son attachement, sous quelque forme que ce soit...

Seule l’apparition en vidéo de Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste, « chercheur spécialiste » de la souffrance au travail apporte un certain crédit, une certaine bouffée d’oxygène, de vie, dans ce « one man show » un peu long. Mais un échange prolongé avec ce spécialiste pour voir le fondement réel du problème aurait permis de sortir du stéréotype du gentil et du méchant. Car la question du choix reste posée et la réponse se trouve en chacun.

Mais au vu du manque d’objectivité face à ce problème de la souffrance au travail – la présence, même par vidéo, d’un discours de spécialiste induisant une recherche d’influence du public –, du manque de réflexion et des conclusions hâtives sur les fauteurs de troubles, peut-on parler pour ce spectacle de représentation théâtrale ou de représentation autre ?

Et-voila-l-travail-trois-jours-d-animations-autour-de-Bodin                                                     Jean-Pierre Bodin, comédien au travail

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H
Ayant vu ce spectacle au Off d'Avignon 2012, je salue la performance de l’interprète mais j’émets des réserves sur la vision manichéenne du sujet. Elle fait penser à la parole sacrée de l'enfant<br /> qui a conduit aux erreurs judiciaires d'Outreau. Il n'y a pas d'un côté les gentils salariés et de l'autre les méchants dirigeants. La réalité ne décline pas en noir en blanc. Il y a aussi des<br /> salariés pervers et manipulateurs et des dirigeants qui assument leurs responsabilités le plus loyalement possible dans un système complexe. Il aussi est paradoxal que ce spectacle dont l’argument<br /> est la défense de la condition ouvrière soit basé sur le récit du suicide d'un cadre par ailleurs délégué syndical. Cela illustre bien les limites d'une trop grande simplification des causes des<br /> risques psycho-sociaux en entreprise.
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