Bienvenue dans l'espèce humaine, critique de Jocelyne Lacaille
Dans Bienvenue dans l'espèce humaine, deux femmes nous convient à une conférence dont le départ est l’histoire de l’évolution de l’homme, ainsi que la mise en évidence de son instinct d’agressivité vis-à-vis de ses congénères. Puis, elles nous expliquent la naissance du capitalisme comme étant un prolongement de l’évolution naturelle de l’homme, lui permettant d’oublier la peur de la mort et de détourner son agressivité. Sur un ton léger, affichant un sourire permanent, dévidant des arguments scientifiques d’une évidence implacable, le duo, interprété par Anne Cuisenier et Géraldine Pochon, nous explique que le capitalisme est une réalité inhérente à l’homme. Le combattre, c’est aller contre la nature elle-même. Nous vivons dans ce monde qui induit nos comportements. « Quand on pense à la mort, il reste toujours comme solution ultime d’aller faire les soldes ». Dont acte.
On ne sait pas trop où l’on va, mais c’est drôle, léger, plein de mauvaise foi jusqu’à l’absurde. Et d’un cynisme extravagant. Les conférencières, par le langage banal qu’elles utilisent ; par le fait de construire devant nous cette réflexion, cette pensée ; ainsi que par des regards directs, individualisés, établissent une connivence et une complicité avec le spectateur. Le propos, au demeurant savant, devient alors jubilatoire. Derrière l’humour noir et l’ironie, le discours apparaît également incroyablement effrayant, mais à retardement. Les textes des différents auteurs – Konrad Lorenz, Jean-Jacques Rousseau, Alexis de Tocqueville, etc. – sur lesquels se base le metteur en scène Benoît Lambert sont toujours très denses et les effets s’en font sentir longtemps après.
Dans ce spectacle, Benoît Lambert nous livre une vision très pessimiste de l’homme. L’idée de la confiance en l’homme, pleine de l’espoir de pouvoir améliorer son existence laisse la place à une vision de l’être humain capable de s’autodétruire.
Géraldine Pochon et Anne Cuisenier - photo vincent petit-arbeau