Critique de Dom Juan, par Mireille Calvel*

Publié le par Mireille Calvel

C'est une interprétation de Dom Juan très particulière qu'offre la mise en scène de Julie Brochen, où les repères habituels du mythe disparaissent. Ainsi, Dom Juan n’apparaît pas dans toute sa splendeur d’assurance, de verve, de séduction, d’indifférence mais davantage tel un adolescent attardé, lâche, capricieux, menteur, non doté de réflexion vécue. Même son mode de vie, la primauté de l’instant présent, l'absence d'attache et de lien affectif ne semblent pas être un choix, mais davantage un élément réactionnel infantile. Sa lâcheté n’en fait pas un personnage sympathique, il n'y a aucune grandeur dans l’interprétation du rôle ; il s’apparente davantage à un être humain dans une faiblesse extrême, avec un manque de choix véritable et donc un manque de liberté. Ainsi, le jeu du comédien manque sérieusement de maîtrise de son texte et dans les intonations de voix possibles. Il ne nous persuade pas qu’il ait intégré et fasse sienne les phrases exprimées. (« j’aime les femmes » dit-il : mais cela ne me persuade ni de sa séduction (qu’il n’a pas hélas), ni de sa crédibilité dans son expression orale.


Un côté moraliste trop prononcé

Les femmes séduites par Dom Juan ne semblent être ni« démoralisées » ni atteintes dans leur dignité : on ne le ressent pas ou si légèrement. On soulignerait davantage la crédulité de femmes narcissiques où le fait d’être séduite n’engage ni leur honneur ni leur dignité. Même la relation de Dom Juan avec son propre père dénote, allant dans le sens d’une soumission infantile et non d’un jeu de pouvoir comme habituellement proposé. Quand au rôle de Sganarelle, il est un peu «massacré » et se trouve réduit à un pauvre bougre sans emphase ni imaginaire, simple stéréotype de société. En cela, l’approche du mythe de Dom Juan se trouve aux antipodes des présentations passées.

Mais dans quel but offrir un Dom Juan fort jeune, qui de par son immaturité de comédien, ne présente qu’un discours d’adolescent réfractaire à l’autorité paternelle et à ses modes de vie ? Pour rajeunir le mythe et le détruire ? Pour offrir un rajeunissement des réactions féminines qui s’avéreraient amoindries pour l’époque ? Peut être davantage pour inclure dans la séduction une part de responsabilité dans l’être séduit (les servantes sont aptes à se défendre et n’ont pas de réaction outragées face à une promesse qui reste à l’état de promesse).

À ce titre, le choix du commandeur féminin, juchée sur des échasses, à la voix de baryton, peut questionner : choix moralisateur où Dom Juan périra de ses propres fautes et penchants ? Esprit féministe où la grandeur de l’élément féminin surplombera la puissance du Mâle ?? Si tous ces choix sont, peut-être, fait dans le but d’actualiser le rôle de l’élément féminin, ils ne me semblent pas utiles et je trouve plus pertinent que chacun cherche par soi-même les interprétations à puiser dans une représentation. Le culte de la jeunesse avec ses stéréotypes et faiblesses ne m’attirent pas spécialement, tout comme le rapport de force entre Hommes/Femmes inversé dans une optique moralisatrice m’ennuie.

Dommage, car la mise en scène proposée ; cette invitation à entrer dans le tableau intimiste du moyen âge ; ces choix de lumières chaudes et tamisées ; et ces instants musicaux sont très envoûtants et agréables. Dommage, également, car le décor lui aussi était prometteur, avec cette scène recouverte de terre, ces chevaux entravés. Prometteur dans le sens d’une justesse de vue du contexte et de cette invitation à une certaine proximité avec le public, public témoin, public complice. Mais ce Dom Juan aurait mérité une autre approche de liberté dans ses choix...

 

* Mireille Calvel est l'une des participantes à l'Atelier critique initié cette saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de Dom Juan dans la mise en scène qu'en a donné Julie Brochen.

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J
Absolument d'accord avec cette analyse. Le jeu des acteurs est d'une platitude... On a l'impression qu'aucun des acteurs sur scène n'est présent, ils sont inexistants, ils ne croient pas une<br /> seconde à leur rôle. Les servantes nous montrent un jeu manquant complètement de conviction qui laisse pantois. Pratiquement tous sont passifs exceptés le jeune fermier qui semble outragé ainsi que<br /> le père. Le texte qui pourtant est moderne quand aux rapports hommes/femmes, sur la morale,la séduction, la transmission n'est pas "révélé" du début à la fin.
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