Petite leçon de théâtre brechtien… et de management, par Amandine Georges

Publié le par Amandine Georges

Ceux qui suivent ce blog l’auront compris, l’équipe de  Très nombreux, chacun seul est arrivée au TDB pour les quinze derniers jours de répétitions. Après la troupe de Pierre Meunier ensevelie sous les pneus Du Fond des gorges, après la bande de junkies du Nerf emmenée par Guillaume Malvoisin, c’est la troisième équipe à poser ses bagages salle Jacques Fornier. Il n’y a pas à dire, cette saison, la création contemporaine fait un sans-faute…

En tant que grande rédactrice en chef des dossiers pédagogiques, me revoici, installée avec l’équipe dans les gradins de Fornier pour découvrir quelques secrets du spectacle.

Point de vue décor ? Tout simplement un grand rideau coulissant, en tulle noir presque transparent, tendu au premier tiers de la scène. Jean-Pierre Dos, le régisseur général du spectacle, m’ayant pris sous son aile et soupçonnant que décidément, la technique, ce n’est pas mon fort, me donne quelques indications. « C’est un rideau brechtien », me glisse-t-il dans l’oreille. Je me doute bien que ce terme a un rapport avec Bertolt Brecht, le grand dramaturge allemand. Pour de plus amples explications, direction Jean-Louis Hourdin, le metteur en scène, grand spécialiste de Brecht devant l’éternel, capable de le citer par cœur. « Dans la dernière lettre qu’il écrit à son assistant, Brecht explique qu’au théâtre, des artistes travaillent ensemble pour présenter au public "des histoires, des idées, des tours de force". Le rideau brechtien sert à rompre l’illusion théâtrale : y compris pendant les changements, le spectateur voit des ombres qui se meuvent derrière le rideau, ce que ne permet pas, par exemple, l’utilisation du rideau italien, grand rideau rouge qui peut cacher toute la cage de scène. »

images.jpgBertolt Brecht sans rideau, mais avec ses lunettes...

Alors, pourquoi avoir choisi un tel dispositif ? Il suffit d’écouter Jean-Pierre Bodin. Devant le rideau, l’acteur-auteur répète un passage délirant, proche de l’esthétique du cirque, intitulé « Le cabaret du scandale ». Tel un bonimenteur, il nous révèle ce qui se passe derrière le rideau, dans les coulisses des grandes entreprises : « A chaque placement de produit, on pourra aller accrocher une boule au sapin de Noël. Et le premier employé qui a accroché dix boules aura le droit d’emporter le sapin chez lui !!! »

Bien piètre cadeau pour celui qui passe sa journée à jouer les téléprospecteurs, soumis à l’intense pression de sa hiérarchie et condamné à réaliser des objectifs impossibles… Voilà qui donne à réfléchir au spectateur, entraîné par Jean-Pierre Bodin dans « les jeux monstrueux des nouveaux managements pour "ne pas penser la souffrance" ». Pour découvrir l’envers du progrès, le revers du capitalisme, rendez-vous le 13 mars 2012, à la première de Très nombreux, chacun seul, spectacle qui promet, dans la lignée de Coups de foudre et de Bienvenue dans l’espèce humaine, de poser un regard sarcastique sur les dérives de notre monde occidental.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article