"Comment trouver sa place et être aimée", critique de Laurence Jourdy
Dans Regarde Maman, je danse, le décor est très sobre : une table en formica, deux chaises, deux baigneurs habillés en celluloïd : un petit garçon, une petite fille.
Seule sur scène pendant 1h25, Vanessa Van Durme, en combinaison rose, raconte, avec un fort accent belge et d'une façon très imagée, souvent crue, drôle et émouvante, les différentes étapes de son chemin très difficile. Nous la suivons depuis sa naissance dans les années 50, petit garçon arraché au forceps, jusqu'à aujourd'hui, grande femme marquée, âgée d'une soixantaine d'années.
Théâtre de l'intime, psychothérapie ? Expression de ses sentiments : du mal-être ressenti depuis tout petit, cette dualité entre intérieur et extérieur, cette recherche du bonheur, cette envie d'être aimé(e) jusqu'à la sensation extraordinaire d'être enfin elle-même grâce à son premier amant en tant que femme.
Pour cela elle invoque tour à tour les personnages marquants de son histoire en les faisant parler ; en quelques phrases, quelques gestes, un changement de ton ils apparaissent là devant nous.
On assiste aux réactions simples, sans grands discours, profondément humaines et différentes de ses parents présents tout au long de la pièce : surpris, déstabilisés, inquiets, malmenés, se culpabilisant, cherchant une explication. « Peut-être est-ce parce que ta mère voulait tellement une fille quand elle était enceinte de toi ? »
La mère toujours aimante, complice, acceptant les jeux, les déguisements féminins de son garçon qu'elle savait différent, le protégeant mais craignant les réactions de son mari : « Que va dire ton père, que vont dire les gens ? », pleine de désarroi devant la nouvelle morphologie de son fils se métamorphosant peu à peu : « Mais tu vas pouvoir les enlever au moins ? » en parlant de ses seins et ayant tout compris à l'annonce du mariage : « Tu es amoureuse, non ? En fait, tu veux être comme les autres ! »
Et le cri de Vanessa à la mort de sa mère : « Tu vas pas me laisser seule ! » montre son attachement filial.
Le père accepte à la fin le choix – ou le non-choix – de son enfant. Paroles magnifiques après l'opération : « Tu es toujours mon enfant et maintenant, j'ai une fille ».
Pourtant, cela n'a pas été facile pour lui : crainte de l'homosexualité, crainte d'avoir un enfant différent, sentiment de colère contre la mère, sentiment d'impuissance devant la réalité.
L'évolution des parents, des gens d'un milieu simple des années 1950, m'a tout au long du récit de Vanessa beaucoup touchée. Cela m'a fait penser à celle des parents devant l'homosexualité de leur fils dans le film canadien Crazy réalisé par Jean-Marc Vallée en 2005.
La réussite de ce spectacle tient au fait que ce qui subsiste de ce récit incroyablement dur, la vie et l'amour, s'accompagnent d'une question : Vanessa Van Durme avait-elle le choix, ou non ?
photo - fred debrock
* Laurence Jourdy est l'une des participantes à C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de Regarde Maman, je danse, spectacle programmé dans le cadre du Festival Art danse.