autour de "L'Atelier volant", critique de Clémence Nuttinck*
La pièce L'Atelier volant écrite en 1970 est pour la première fois mise en scène par son auteur, Valère Novarina. C'est un spectacle satirique qui dénonce la société dans laquelle nous vivons, une société où la production est plus importante que tout le reste. Le décor est à l'image des ouvriers, très enfantin. Le patron dont le costume fait penser à celui d'un dompteur de fauves réussit habilement à manipuler ses employés grâce à ses capacités oratoires. Le costume des ouvriers est, quand à lui, très simple, ce sont des combinaisons reprisées, grises d'aspect sale. L'ouvrier n'a pas à être beau mais seulement à être efficace ! Il est acheté comme une nouvelle machine, examiné avant l'achat pour être sûr de sa qualité et acquis en lot (sûrement pour faire une affaire). Nous avons l'impression d'un retour en arrière à l'époque où l’esclavage n'était pas encore aboli. Les ouvriers ne semblent pas humains, leur traitement fait penser en tout point à celui réservé aux animaux et leur salaire se résume à de simples graines lancées à la volée. Ils produisent des marchandises, puis avec ce qu'ils gagnent, on les incite à consommer leur propre fabrication. Peu importe que l'objet soit utile ou non, le seul objectif pour le patronat comme pour les prolétaires, c'est de posséder. Les employés travaillent à la chaîne, et l'utilisation de petits clins d’œil comme la roue d'engrenage rappelle parfois Les temps modernes de Charlie Chaplin. Les ouvriers deviennent de plus en plus fous à force de pression et de travail. Mais Monsieur Boucot, le PDG, ne semble pas vraiment plus heureux queses ouvriers, il est avide d'argent et l'idée qu'il puisse en perdre le terrorise. Il est également très effrayé par ses ouvriers et craint sans cesse une révolte de leur part. Serait-il conscient que leur obéissance à ce système est fragile ? La présence de musique a, sur le spectateur, un effet très apaisant. Un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Le chant crée un contraste très fort entre la colère perpétuelle, les cris, et cette beauté qui vient d'on ne sait où. Face à l'ouvrier, le spectateur est partagé entre deux points de vue, celui de l'homme compatissant et celui du patron où l'ouvrier apparaît comme exaspérant par tant de passivité, de stupidité et d'aveuglement. Nous aurions envie de leur hurler d'ouvrir les yeux. En outre, ils se marchent les uns sur les autres, aucune solidarité n'est possible, ils sont prêts à dénoncer pour gravir les échelons et avoir plus de pouvoir. Après les avoir convaincu qu'ils sont incompétents et idiots – puisqu'incapables de comprendre la bourse –, Monsieur Boucot en conclue qu'ils ne sont pas en mesure de juger si leur condition est acceptable ou non. Le spectacle se termine avec l'idée qu'il est possible de s'opposer mais sans doute au prix d'une marginalisation. Ce que l'auteur a voulu montrer c'est l'absurdité du système capitaliste actuel où nous perdons notre vie à la gagner et où, au final, possession ne rime pas avec bonheur mais avec servitude.
© Paul Cox
* Clémence Nuttinck est l'une des participantes à C'est pas beau de critiquer ?, atelier de critique théâtrale initié pour la deuxième saison par le TDB. Elle a écrit cette critique suite à sa découverte de L'Atelier volant dans la mise en scène qu'en a donné Valère Novarina.