Au sujet de "Folie Courteline", critique de Sabine Chaillas*
« Les mots me font l'effet d'un pensionnat de petits garçons que la phrase mène en promenade », disait Courteline. Et si, comme eux, nous partions en promenade fantaisiste le temps d'une représentation?
De la première miniature Théodore cherche des allumettes à Mentons bleus : scènes de la vie de cabots, qui clôt le spectacle, Ivan Grinberg nous fait revivre le théâtre humaniste de Georges Courteline, auteur oublié de nos plateaux français. Après tout, pourquoi le spécialiste de l'étude des ronds-de-cuir de la seconde moitié du XIXe siècle n'aurait-il pas son mot à dire? Les cinq « miniatures » que sont les courtes pièces se suivent en crescendo, portées par un quatuor de comédiens époustouflants et une musicienne qui, à chaque fois qu'elle prend place sur scène, apporte avec elle la lumière. Bien au-delà d'un spectacle jouissif, Folie Courteline nous ramène à notre enfance, lorsque émerveillés par des costumes ou décors, nous vivions comme dans un rêve. Aujourd'hui, Grinberg et ses acolytes nous interrogent sur notre capacité à être encore surpris au théâtre. Comment faire pour qu'une mise en scène fonctionne? Sur les ruines des Boulingrin, comment peut-on assister à Mentons bleus, pièce qui met en abyme le théâtre en en dévoilant ses coutures et en réfléchissant sur le rôle des comédiens? C'est là un tour de force réussi que de réinvestir un espace en ruines. Et puis, les travestissements des comédiens ne sont-ils pas des ''bousculeurs'' de notre imaginaire qui nous font retrouver les formes primitives du théâtre? « C'est le droit à la fantaisie? Pensez-vous que ce ne soit rien? », nous susurre finalement Courteline à travers un spectacle délicieusement hilarant.
Les Boulingrin © vincent petit-arbeau
* Sabine Chaillas est une ancienne Lycéenne Reporter et participante à ce projet initié par le TDB depuis 2010 durant Théâtre en mai. Depuis trois années maintenant, le Centre dramatique national profite de la tenue de son festival pour proposer à huit lycéens de participer à une école du spectateur. Critiques écrites (publiées dans Le Bien public), chroniques radiophoniques (diffusées sur Radio Dijon Campus et France Bleu Bourgogne) sont autant d'exercices auxquels s'essaient les lycéens à cette occasion.