le relais-chattot bat son plein
Depuis vendredi dernier a débuté le Relais-Chattot. Le Relais-Chattot, c'est une programmation articulée autour du directeur du TDB François Chattot. Ou comment, avant de redevenir à 100% acteur et de quitter sa veste de directeur (au 1er janvier 2013), l'homme s'échauffe. Bon, à dire vrai, ni l'homme ni la maison-mère n'emploient l'expression "Relais-Chattot". Et oui, que voulez-vous, aussi accueillant soit-il, le CDN demeure une institution. Soit un lieu où l'on est vite écrasé par le poids du devoir, des missions qui vous incombent, et où un trait d'humour peut faire flipper/frémir/grincer des dents. (D'où un attachement particulier de nos services à entretenir un humour pourri, voire lourdingue.)
promis, je n'y suis pour rien, c'est juste la première image proposée lorsqu'on tape "relais-chattot" dans google
Refermons la parenthèse, revenons au Relais-Chattot du TDB. Ces jours-ci se joue Folie Courteline, dont il a été largement question sur ce Glob (ici t'as la totale). Bientôt, ce sera au tour de Que faire ? (le retour) dont la reprise annonce autant le retour intégral aux plateaux de Chattot que l'arrivée de Benoît Lambert à la tête du CDN. Mais c'est avec Quartett que le tiercé-dirlo a débuté. Ce spectacle, dont il a déjà plus ou moins vaguement question sur ce Golb (ici), est né en 2005.
Pièce de Heiner Müller adaptée des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, Quartett réunit au plateau Muriel Mayette, comédienne et administratrice de la Comédie-Française et Chattot, dans une mise en scène de Matthias Langhoff. Plutôt que de parler de la mise en scène – au sujet de laquelle on peut évoquer brièvement l'aspect volontairement dense et chaotique, qui ne cesse de perdre le spectateur dans un flot d'informations a priori contradictoires et discursives – abordons sa spécificité. Car oui, ceux qui ont vu Quartett ces jours-ci n'ont pas vu le même spectacle que lors de sa création. Oui, ok, les comédiens ont quelques années de plus. Mais il y a autre chose. À un moment, Chattot alors en Mme de Merteuil sort de scène pour réapparaître dans la salle et prendre place dans les gradins. À l'endroit exact où il y a de cela quatre ans le comédien donnait à entendre le monologue « to be or not to be » de Hamlet dans la mise en scène du même Langhoff. Sur scène, Muriel Mayette a beau l'interpeller « François », rien n'y fait : nous quittons un temps Quartett. On peut voir dans ce geste un clin d’œil de Langhoff à son comédien. Ou une auto-citation, avec tout ce qu'elle peut charrier d'entre-soi. Voire un pied de nez et une façon de vaille que vaille rejouer un peu Hamlet – le spectacle n'ayant pu intégrer le Relais-Chattot. C'est peut-être tout cela à la fois qui se joue ici, ainsi que le rapport entretenu par Langhoff à la mise en scène. Chez Matthias Langhoff, toutes les références, même les plus personnelles, sont permises et si le théâtre s'adresse aux vivants, il est, aussi, le lieu où peuvent resurgir les morts et les absents...
Et pour qui traînait un peu au Parvis vendredi soir après le spectacle, il flottait dans l'air une solennité inhabituelle. Une sorte de gravité, due à la conscience partagée de ce qu'annonce ce Relais-Chattot : les adieux entre un théâtre et son directeur.