Le joueur de flûte de Grande-Bretagne, par Camille Cornillon
Dans The Animals and Children took to the streets, la metteuse en scène Suzanne Andrade emmène le spectateur dans les années 30, dans l’univers lugubre et glauque des bas-quartiers. Le Bayou est l’épine d’une ville britannique prospère : jeunes délinquants et prostituées se concentrent autour de la rue du Hareng saur et de son Junk Shop, magasin d’objets d’occasion… volés. On apprécie l’humour anglais grâce à une mise en scène expressionniste mêlant vidéo, musique et jeu d’acteurs. La compagnie 1927 nous renvoie le triste écho de ces vies mises de côté : ne faut-il pas sept ans d’économies pour un aller simple hors du Bayou ?
Un maire tyrannique décide d’arracher cette épine de la ville en se débarrassant de cette jeune génération trop encombrante : un son mélodieux, comme dans Le Joueur de flûte de Hamelin, attire les gamins dans un orphelinat, où des nannies les abrutissent avec des gumdrops, sortes de dragées qui les rendent fantomatiques en référence au médicament « Ritaline », destiné aux enfants hyperactifs.
Cette solution radicale est une victoire pour le maire ; à l’inverse, Agnes et Eavie Eaves, qui étaient venues naïvement éloigner cette misère avec des pâtes et de la glu, sont contraintes de retourner dans leur village.
On ne peut pas survivre au Bayou, on ne peut pas non plus en sortir, à l’image du concierge qui n’aura jamais assez d’argent pour acheter son billet de départ : c’est une leçon de vie désabusée et une satire du pouvoir arbitraire que la compagnie met en scène. Et même si vous avez envie de voter pour une fin idéaliste, la troupe joue la fin réaliste. Vous savez comment ça se passe là-bas : né dans le Bayou, mort dans le Bayou !
Critique de The Animals and Children took to the streets par Camille Cornillon (1ère L option Arts plastiques)