Gros savon est une fille !!!, par Claire Liger-Doly

Publié le par Claire Liger-Doly

Gros savon est une fille !!! Mis en scène par Mélina Ferné, le spectacle Gros savon repose sur l'énergie de Candice Beaudrey, seule comédienne... “Gros savon”, c'est le rôle que l'actrice nous raconte avoir été obligée de jouer lorsqu'elle était petite fille et âgée de 6 ans en classe de cours préparatoire. Il s'agissait d'un savon, resté gros, faute d'être utilisé, qui donnait la réplique à un autre savon (une camarade), devenu petit à force de servir. Ainsi fut associé le GROS et le SALE. Le spectateur ressent immédiatement la brûlure de la marque d'un tel souvenir d'enfance …

La comédienne met au service de ce texte percutant qu'elle a elle même écrit, sa diction et son débit sans faute, ses talents d'expressions (dont le mime) -et-aussi-son-corps-gracieux, dans une jolie robe bleue ! Elle évolue devant un tableau noir recouvert de formules et de démonstrations scientifiques censées expliquer le comment du pourquoi de l'obésité. Elle joue de part et d'autre d'un cadre dans lequel elle tient “en pied”. D'abord doré, ce cadre lui permet de s'imaginer en femme plantureuse d'un tableau de l'époque du peintre baroque flamand Rubens, puis quand il n'est plus que métallique, il remplit la fonction de miroir. L'image qu'il renvoie est limpide : la post-modernité n'aime plus les rondes. Des jeux de lumières accompagnent l'actrice dans le déroulé de ses différents sketchs : verte dans les contes de fée, bleue quand elle danse …

Durant les années qui ont suivi le cours préparatoire, Gros savon est devenue :

- « la grosse » pour les copains

- « une enfant à problèmes » pour les psys

- « un mec » pour les filles quand il n'y a pas d'hommes à disposition

- une copine impossible à habiller en T38

- une confidente pour celles à qui il arrive des histoires

 

Mais un jour, elle réalise qu'elle en a « ras-le-bol » d'attendre le Prince Charmant en faisant semblant de dormir... Elle décide alors de cesser de jouer les rôles qu'on lui distribue et crie : « Je suis une fille ! » Une fille lettrée, qui plus est : oh la savoureuse parodie de la tirade de Cyrano de Bergerac où ici les grosses fesses remplacent le nez ! Une fille intelligente, qui se moque savamment et avec brio des liens « tissés » sur les réseaux sociaux. Une fille décapante, qui aime la vie. Une fille.

Et une fille, cela apparaît clairement dans ce spectacle, c'est un corps et une vie à inventer par la fille elle même.

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