Théâtre en Mai J+4 : des récits qui font rêver, rire et pleurer, par Amandine Georges
Vous vous souvenez de ce qu’avait promis François Chattot à la soirée de présentation du festival Théâtre en mai ? Des « récits qui font rêver, rire et pleurer ». Alors, le pari est-il tenu pour les programmateurs ? Au festival, on vit des moments…
Des moments qui font rêver. Un billet simple pour Wuturi, l’histoire du bébé géant et c’est l’évasion assurée, direction la Corée du Sud. La troupe des Wuturi Players sait tout faire sur scène : danser, chanter, jouer. Elle nous entraîne, avec une énergie folle, dans un conte, entre tradition et modernité, dans le récit d’un affrontement entre un général et un bébé géant, entre l’ordre humain et l’ordre divin. La salle réserve une ovation à la performance de ces acteurs qui, avec des ballets réglés au millimètre près, réussissent l’exploit de nous dépayser totalement.
Des moments qui font rire. Si vous avez été un invité de La Dernière Noce, peut-être avez-vous pu assister à la performance de comédien de Guilhem Malraisin, simple spectateur pris à parti par Charles Devenin, des entreprises Devenin : d’abord ministre de la Culture du nouveau gouvernement, puis rétrogradé en dix secondes au rang de simple aide-brancardier, sommé, contre quelques billets, de hisser une vieille dame en fauteuil roulant au sommet d’un plan incliné… Tâche dont il s’est fort honorablement acquitté… Tout le spectacle fait d’ailleurs défiler une galerie de portraits truculents : un commissaire La Bourde, qui agit comme son nom le laisse penser, un grand patron opportuniste, qui, le même soir, parvient à se rendre à la Mutualité et à la Bastille, un maire prêt à tout pour sauver son mandat, un grand-père abruti par la télévision mais plein de ressources, un cardinal qui, au mépris de toute charité chrétienne, officie pour la modique somme de cinq cent mille euros, un jeune premier boutonneux… Alors, même si la satire sociale reste parfois convenue et stéréotypée, ne boudons pas notre plaisir : on rit beaucoup pendant ce spectacle, où la troupe du Théâtre Nomade nous offre un somptueux travail de masque et s’inscrit dans la tradition de la commedia dell’arte.
une vigile qui compte ses sourires - photo vincent petit-arbeau
Au sortir de la noce, n’oubliez pas d’assister au forum Vigiconseil, animé par l’équipe des Menouillard Security. Vous y apprendrez comment éviter les cambriolages : coupez les arbres à proximité de votre maison, grillagez les fenêtres, ne réparez pas les marches désolidarisées de votre escalier, voilà qui devrait empêcher les voleurs de s’introduire chez vous… et peut-être vous-même d’habiter votre maison ! Qui sait ? Critique acide des dérives hyper-sécuritaires de notre société contemporaine, la compagnie Théâtre Group’, qui fait salle comble avec le spectacle Vigile, relève le défi de laisser le spectateur mort de rire et non d’un coup de teaser !
Des moments qui font pleurer. Quand dans Alexis. Une tragédie grecque, mis en scène par la compagnie italienne Motus, un des comédiens rejoue avec un réalisme terrifiant la mort d’Alexis, jeune garçon de quinze ans, abattu à bout portant par un policier grec lors d’une manifestation à Exarchia, un quartier bohème et contestataire d’Athènes : moment de tension insoutenable pour le public, qui voit sous ses yeux Alexis s’effondrer encore et encore… Quand une des comédiennes invite le public à la rejoindre sur scène : vingt-cinq personnes se lèvent, prêtes à agir et à se révolter contre la marche du monde, prêtes à affirmer haut et fort qu’une action collective peut changer le cours des choses. Et c’est là que l’artiste contemporain trouve toute sa place, engagé dans les luttes de son temps.
Le festival bat son plein à Saint-Jean, à Fornier et dans les environs encore une semaine. Alors si vous voulez vivre d’autres moments inoubliables, vous nourrir de la parole des poètes, venez !
silvia calderoni, veux-tu m'épouser ? - photo vincent petit-arbeau