Au cœur du festival : le public, par Amandine Georges
Hier après-midi, sur le plateau du Parvis Saint-Jean, les huit lycéens reporters se sont réunis pour leur premier atelier critique et ont échangé sur les spectacles programmés en ce début de festival. Que ressort-il de leurs discussions ? Bref compte-rendu des moments qui les ont le plus marqués, comme si vous y étiez :
Léonard : Dans Vigile, le directeur de la société Vigiconseil, une agence d’agents de surveillance, descend dans les rangs interroger les participants d’un forum consacré à la sécurité : pour ou contre la vidéo-protection ? Une dizaine de personnes passent au grill… Comment ça, Monsieur ? Vous osez être contre, au nom de la préservation des libertés individuelles et parce que vous avez lu 1984, un bouquin écrit par un drogué ??? Ah vous, Madame, heureusement, vous vous rendez compte des dangers qui vous entourent : jamais vous ne voudriez voir votre fille passée à tabac dans un parc non surveillé, n’est-ce pas ? Ouf, il y a encore des gens sensés dans ce monde !
Camille : Le ton est bien plus grave dans Alexis. Une tragédie grecque. Si l'une des comédiennes s’adresse aux spectateurs, c’est pour les engager à monter sur scène avec elle. Après quelques hésitations, ce sont environ cinquante personnes qui la rejoignent, dans un moment d’intense émotion : toutes les générations se mêlent et montrent, par leur présence, qu’une révolte contre toutes les tragédies du monde contemporain est possible et que le peuple pourra faire entendre sa voix, s’il agit collectivement.
Clémence : Pour la troupe des Wuturi Players, mêler le public à la représentation fait partie intégrante de la tradition coréenne : dès qu’ils entrent en scène, une des chanteuses entame un rituel de purification de l’aire de jeu, tandis que les acteurs saluent le public. Public qui ne sera pas oublié tout au long de la représentation, ponctuée de quelques phrases prononcées en français, d’un « Oui, bien sûr » récurrent à un charmeur « Mademoiselle, je vous trouve très belle ! ».
Eric : Dans La Dernière Noce, Charles Devenin, le grand patron des entreprises Devenin, interpelle le public pour lui faire part de ses déconvenues : lui, qui était d’abord allé à la Mutualité le soir du 6 mai, a été obligé de se rendre en catastrophe à la Bastille ! Et, en plus, il ne réussit pas à gravir avec sa mère, une petite vieille en fauteuil roulant, un pan incliné. Qu’à cela ne tienne ! Un spectateur, transformé en aide brancardier, fera bien l’affaire !
Trait quasi constant, donc, dans toutes les pièces vues pendant ce long week-end et qui a surgi spontanément des discussions des lycéens : même s’ils ont des intentions différentes, les acteurs soulignent souvent la présence du public et créent une véritable communauté, unie dans ce même cérémonial qu’est le théâtre.
Et nos lycéens, qu’en pensent-ils ? Cette chute du quatrième mur, terme qu’ils emploient volontiers, en souvenir sans doute de leurs cours de français, ils adorent ! Pour eux, c’est le signe d’un réel échange avec le public, dans des formes de théâtre contemporain, plus conviviales que le théâtre traditionnel auquel ils ont souvent assisté.
Cette proximité, cette communion avec la salle, ils en redemandent ! Les voilà dans les starting-blocks, prêts pour une nouvelle semaine de critiques : pour savoir tout ce qui s’est dit pendant leurs débats, direction le site Internet du TDB, qui publie leurs écrits, consultez ce même blog ou rendez-vous sur Radio Dijon Campus, dans l’émission L’Oreille au poste !