Purgatoire, début du travail

Publié le par petitcâstle

Fin août, le Parvis Saint-Jean a accueilli la compagnie Drôle de Bizarre. Équipe déjà venue à Dijon lors du Festival Théâtre en Mai 2011, la jeune compagnie avait alors jouée Funérailles d'hiver d'Hanokh Levin. Mais là, la troupe d'une dizaine de personnes (comédiens, scénographe, technicien, metteuse en scène) débutait son travail autour de Purgatoire à Ingolstadt. Prémisses d'un spectacle seulement, puisque la compagnie doit encore répéter à Bobigny puis à Chalon-sur-Saone, où la pièce sera créée. S'il est trop tôt pour aborder en détail la mise en scène de Maëlle Poesy, l'heure est aux prémisses, ici aussi, quant à la découverte du texte et de son auteur...

 

Femme artiste

Née en 1901 à Ingolstadt, petite ville d'Allemagne qui sera au centre de plusieurs de ses écrits, connue pour avoir été l'une des (nombreuses) compagnes du dramaturge allemand Bertolt Brecht, Marieluise Fleisser écrit Purgatoire à Ingolstadt en 1924. Une pièce assez peu montée en France, et méconnue en regard d'un autre de ses textes, Pionniers à Ingolstadt. Pour la metteuse en scène Maëlle Poésy, c'est par l'intermédiaire d'une amie qu'elle a découvert les écrits de Fleisser : « Une amie m'avait parlé d'Avant-garde le livre écrit sur sa relation avec Brecht. J'ai commencé à lire ses textes et suis tombée sur Purgatoire au moment où je cherchais une pièce sur la jeunesse. Si le texte date de 1924, il porte des choses intéressantes à traiter pour l'équipe que nous sommes, vieux adolescents et jeunes adultes. Et Fleisser a un parcours intéressant de femme artiste, à une époque où ce n'est pas forcément évident. Elle s'est beaucoup débattue avec cette idée d'arriver à imposer, aux autres et à elle-même, la liberté d'être une femme artiste indépendante. »

 

Récurrence trompeuse

Difficile lorsqu'on jette un œil à la bibliographie de Fleisser de ne pas remarquer la présence fréquente d'Ingolstadt, sa ville natale, dans ses écrits. On pourrait aisément en conclure que l'auteur entend critiquer ouvertement le provincialisme et le monde étriqué de cette petite ville. Mais ce serait, peut-être, aller un peu vite en besogne. Car si Marieluise Fleisser a certes elle-même choisi de nommer sa deuxième pièce Pionniers à Ingolstadt, la première, Purgatoire à..., portait initialement un tout autre titre : Le Lavage des pieds (Die Fusswaschung). Pas de lieu géographique défini, et un accent mis sur l'emprise religieuse de cette jeunesse. Le changement vient du metteur en scène Seeler. Convaincu par Bertolt Brecht de monter le texte à la Junge Bühne-Deutsches Theater*, Seeler, qui n'aime pas le titre, en propose d'autres à Fleisser. Après lui avoir envoyé par télégramme deux propositions (Fegefeuer et Seelen im Fegefeuer = Purgatoire et Âmes du purgatoire) et obtenu son accord, il opère un ultime revirement. C'est un troisième titre qu'il annonce à la presse – le filou –, avant d'en informer Marieluise Fleisser. Quoique n'aimant guère ce titre, il lui fut difficile de refuser...

 

* Fonctionnant de 1922 à 1926, ce théâtre avait pour but de favoriser la création dramatique en mettant en scène des oeuvres d'auteurs inconnus, lors d'une unique représentation le dimanche en matinée. Tous étaient bénévoles, metteur en scène, dramaturges, acteurs, l'essentiel étant la possible notoriété qu'amèneraient les critiques. C'est notamment là que Brecht a joué sa pièce Baal pour la première fois.

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