Hors-sujet (un peu)
Deux amis, entre trente et soixante ans. Ils discutent en marchant. À moins qu'ils ne se promènent en discutant. L'une est souvent de mauvaise foi, l'autre a un fort penchant pour la diplomatie. C'est toujours le pire des deux qui parle en premier.*
- « la façade du bâtiment du Palais-Royal / Depuis le début de la semaine / le préavis de grève / Le décor restait en place, les acteurs acceptaient de jouer 5 fois en trois jours la pièce de Marivaux / renvoyer le public / Vendredi, ce sera difficile / Les revendications / Est-il raisonnable / des salaires qui ne sont pas indignes / régime de retraite avantageux / horaires flexibles / une prime de 1600€, un quatorzième mois, et un niveau de partage / spectacles moins lourds en décors, une alternance tempérée / Théâtre Éphémère / le chômage technique / l'explosion d'une jalousie à l'égard des soixante comédiens de la Troupe / mais le talent de ces artistes fait la notoriété de la maison et son développement. / le public vient souvent de loin, des régions et même de l'étranger. / Le 11 janvier le Théâtre Éphémère doit ouvrir / les problèmes techniques / saluons les comédiens »
- C'est quoi, ça ?
- C'est tiré d'un article signé par la critique dramatique du Figaro Armelle Héliot. Intitulé Grève au français : impasse des partages, ce billet publié sur son blog relate la grève de fin décembre des personnels techniques de la Comédie-Française.
- Oulala, attention, hein, je te vois venir !
- ?!?
- Tu sais ce qui a été dealé entre petitcâstle et le TDB : ce blog est un espace de discussions sur le TDB, le théâtre et ses alentours. Nous ne sommes pas ici pour déverser notre fiel sur des artistes, des critiques ou d'autres éminents maillons de la chaîne théâtrale.
- Il n'est pas question de ça, ces bribes sont tirées de, donc écrites par Armelle Héliot.
- Mouais... Pourquoi tu les cites, alors ?
- Elles me trottent dans la tête depuis que je les ai lues... enfin, tu ne trouves pas cet extrait génial : il résume à la fois le contenu du billet ainsi que la position très partisane d'Armelle Héliot.
- Humm. Bon, c'est vrai que l'opposition entre la déshumanisation du mouvement de revendication – les grévistes n'existant que par leurs actions et non par ce qu'ils sont – et la sur-humanisation des artistes – les comédiens étant eux régulièrement nommés et suscitant donc force empathie –, est plutôt grossière... et je passe sur l'appel à la « raison » pour dénigrer la grève et les accusations de jalousie... c'est pas très classe...
- Ah, tu vois !
- Minute, papillon. Ça reste très petit. C'est certainement aussi petit que lorsque des critiques littéraires sortent une ou deux phrases de leur contexte pour se moquer d'un livre. C'est facile de choisir le pire ou le plus éloquent de, au détriment de. En plus, tu m'excuseras, mais ça reste hors-sujet d'un blog sur « le TDB, le théâtre et...
- Ça va, ça va. Tu as lu le titre du billet ? Ce n'est qu'un peu hors-sujet. En revanche, ce n'est pas du tout petit : les extraits réunis sont ceux qu'Armelle Héliot a choisis.
- Comment ça ?
- Ils sont en gras dans son article. La critique fait délibérément le choix sur son blog de graisser des mots, des phrases, signifiant ce qui pour elle est le plus important. Une sorte de simplification à la lecture, une aide en ligne adaptée au média internet, en somme.
- Pffffffff. Et en quoi ce n'est qu'un peu hors-sujet ?
- Parce que ça me renvoie à plusieurs questions qui me trottent dans la tête depuis l'ouverture de ce blog ; comment écrit-on sur un blog ? Quelle est l'adresse sur ce type de support ? Qu'est-ce qui change dans la parole, les choix de sujets, la façon de les traiter ? Comment on parle, à qui on parle... Tout ça, en somme...
- Et ?
- Ben, rien de plus. Juste que « Hors-sujet (un peu) » rime avec « Or ci-joint, nos vœux ». Et qu'après m'être très, très fugitivement demandée si nous graisserions des éléments de nos articles, j'ai décidé que non. Hormis l'accroche introductive, le reste demeurera en 2012 désespérément maigre. Au diable les béquilles visuelles et intellectuelles à destination de nos (supposés?) lecteurs.
- Mouais... dis plutôt que tu as peur qu'Héliot te rende la monnaie de ta pièce. Je te connais, t'es une indécrottable mauvaise perdante...
* Cette ouverture est une référence (ouverte) aux Dialogues avec Daney de Louis Skorecki (parus dans Libération, et édités dans l'ouvrage Dialogues avec Daney et autres textes, éd. Presses universitaires de France.)