Motus à bouche décousue

Publié le par petitcâstle

Depuis plusieurs années, la compagnie italienne Motus, emmenée par lesauteurs et metteurs en scène Enrico Casagrande et Daniela Nicolò, explore l'idée de révolte. Dans Alexis. Une tragédie grecque, s'inspirant notamment du personnage d'Antigone – figure solitaire et révoltée de la mythologie grecque –, l'équipe mêle au drame antique un documentaire sur les émeutes grecques de 2008. Autour de ce spectacle, Enrico Casagrande et Daniela Nicolò répondent à trois questions.

 

Dans le dossier présentant le spectacle, deux dates sont données, situant deux « étapes » : « Athènes, 6 décembre 2008 » (date de la mort d'Alexis) et « Athènes, août 2010 » (date de votre voyage à Athènes). Depuis, avec l'évolution de l'actualité internationale, que répondriez-vous à la question, « Et aujourd'hui ? »

Enrico Casagrande et Daniela Nicolò : « Et maintenant que va-t-il se passer? » C’est la question ultime de Alexis. Une tragédie grecque. Sur scène, Alexandra Sarantopoulou affirme que, selon elle, la réponse se trouve dans une phrase écrite par des jeunes sur un mur d’Athènes : « Nous venons du futur ». Ce qui s’est passé en Grèce et ce qui se déroule en Afrique du nord est en train de se répandre en Europe et ailleurs. Il s’agit de quelque chose que bon nombre d’utopistes et d’auteurs de science-fiction n'avaient pas évalué avec lucidité. À savoir, la présence d’une masse étendue et critique de jeunes, souvent instruits, qui décident de se réveiller et de déplacer l’axe, en se situant hors des coordonnées préétablies... Ils se placent dans le futur, parce qu’ils sont le futur. Aldous Huxley et George Orwell peignaient le futur dans des couleurs sombres, mais peut-être réserve-t-il quelques surprises ? Pour reprendre les mots qu'utilisait l'écrivain Paul Goodman, nous nous sentons « déçus mais pas résignés ». Nous sommes fascinés et intrigués par cette interrogation sur le futur, qui est en même temps une interrogation sur notre présent : car nos idées du futur, nos attentes et nos espoirs conditionnent fortement notre aujourd’hui. Et notre nouveau projet en cours, The Plot is the Revolution, se penche sur ces questions...

 

Comment Alexis. Une tragédie grecque résonne-t-il avec l'actualité ?

E. C. et D. N. : Demeurant plus attentifs au présent qu'au passé, nous nous sommes toujours nourris du contemporain. Ce fut le cas pour l'intégralité du projet Syrma Antigones et, en particulier, pour Alexis, où la réalité a rattrapé et « intégré » le théâtre avec puissance et urgence. Des événements historiques, tels que la mort d'Alexis ou les révoltes à Athènes, ont influencé notre travail d'alors – qui portait sur les relations entre Antigone et Polynice –, donnant une adresse particulière à la confrontation avec la figure d'Antigone. Tous ces événements nous ont interrogés, ont provoqué notre regard. Cela nous a aussi interpellé sur le rôle de l'artiste et le sens qu'il y a à faire du théâtre aujourd’hui.

Alexis. Une tragédie grecque renvoie donc à un passé très proche, mais le spectacle s'est aussi construit pendant des événements tels que le Printemps arabe ou le mouvement  Occupy. Il y avait un vrai défi dans ce rapport à l'actualité et nous avons tenté de saisir la fugacité des événements. Ce spectacle est à tel point en prise direct avec la réalité que chaque jour il assume des connotations diverses : il y a quelque temps, l'on nous a demandé si nous y avions introduit des textes en relation avec les manifestations étudiantes en cours… La réponse était non, toutes les réflexions du spectacle étant issues des entretiens réalisés en Grèce en 2010, après l’explosion de la crise et les insurrections…

D’une certaine façon, nous avons entrepris depuis trois ans un parcours dramaturgique qui a démantelé, lentement et progressivement, toutes nos habitudes scéniques, qui nous a fait plonger dans le précipice de l’espace vide. Comme une page web, celui-ci est en mesure de changer incessamment, d’être « mis à jour en temps réel ». Cette façon de plonger tête baissée dans la réalité nous remémore le fait de « vivre dans les choses » cher à Pier Paolo Pasolini.

 

Comment votre regard sur le spectacle et, plus largement, sur la figure d'Antigone et la question de la révolte, a-t-il évolué ?

E. C. et D. N. : Notre choix, à l'été 2008, de travailler sur la figure d'Antigone afin de reconstruire/tracer/délimiter le thème des révoltes contemporaines s’inscrit dans la continuité de X (ICS) Récits cruels de la jeunesse. Lors de ce précédent projet (2007-2008), nous avons notamment soulevé la question suivante : « Comment est-il possible de transformer l’indignation en action ? » De là vient notre choix de travailler sur l'Antigone de Bertolt Brecht. En 2008, nous nous sommes intéressés à la révolte des jeunes universitaires. Ces mouvements de jeunes italiens semblent alors les seules réactions en regard du mutisme et de la résignation régnant dans notre pays. Mais tandis qu'en Italie ces protestations meurent dans l’éparpillement, dans d'autres pays elles s'organisent, progressent. La fréquentation des jeunes de ces mouvements, leurs modes de communication, nous ont permis de comprendre les événements qui ont commencé à naître, les révoltes et les conditions qui les ont déterminés … Pour nous les nouvelles générations ont un mot à dire sur la transformation de l'histoire… Mais il faut du courage!

 

 

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Publié dans hors-sujet (un peu)

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