Au Mans aussi l'hiver bat son plein

Publié le par petitcâstle

Suivant de près Sophie Bogillot (responsable des relations publiques au TDB) et Jeanne-Marie Pietropaoli (responsable des formations au TDB) – encore elles * –, hier, je suis allée au Mans. Mais que diable sommes-nous allées faire là-bas ? Un symposium sur les mutuelles ? Une étude comparative sur les bienfaits du combo Jambon persillé/rillettes ? Rien de tout ça. Et clichés à part sur la ville moyenne du début de l'Ouest de la France – qui a tout de même l'énorme avantage d'accueillir le Théâtre du Radeau emmené par François Tanguy, compagnie ayant présenté à Théâtre en Mai 2009 son spectacle Ricercar – c'est bien au théâtre que nous nous sommes rendues. Plus précisément au Centre culturel de l'université, équivalent de notre atheneum dijonnais, afin de voir un spectacle programmé par un autre théâtre de la ville, L'ESPAL. Intitulé Jérusalem plomb durci et interprété par le duo de musiciens performers Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, le spectacle n'est officiellement pas encore programmé au TDB (oui, on vous l'a déjà dit, il est beaucoup trop tôt pour divulguer la programmation de Théâtre en Mai 2012, donc on ne balancera rien, juré, craché.)

 

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Regard en plus ou moins deux temps sur la chose, en à peu près deux heures (le temps du Paris-Le Mans-Paris, en somme).

Avant
Bon, Winter Family, duo musical réunissant les deux artistes Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, je connais. Très vaguement, de nom et pour son versant musique uniquement. Tout, d'ailleurs, rappelle les usages en cours dans le monde des musiques actuelles : le nom anglais du groupe ; la mise en avant un brin marketing de sa double nationalité (France/Israël) qui travaille à sa façon une forme d'exotisme ; l'annonce sur le dossier du spectacle d'une « version anglaise » du projet créée à Montréal.
Ensuite il  y a ce que le dossier en dit : « un voyage dans une dictature émotionnelle » ; « une performance de théâtre documentaire » ; le récit de l'histoire des artistes, de leur rencontre, la création de leur duo. Ou comment, de la réalisation de concerts et de performances Winter Family s'est retrouvé à créer une pièce radiophonique sur les anniversaires simultanés de l'état d'Israël et de la « réunification » de Jérusalem, pièce suscitant un désir mutuel « d'aller plus loin ». Jérusalem plomb durci, avec ce titre renvoyant aux noms d'une opération militaire israélienne, serait ainsi, à sa façon, l'un de ces endroits où ils auraient eu l'envie d'aller, de pousser leur travail. Une proposition de théâtre documentaire, mêlant vidéos et sons collectés en Israël et interventions de Ruth Rosenthal.

rillette.png                                   je n'ai même pas eu le temps d'en acheter... décidément, la vie est mal faite...
Après
Ça dure une heure. Ou presque. Pourquoi ? Je ne sais pas, moi, c'est pas mal comme durée une heure, non ? Bon, c'est vrai, ça pourrait peut-être en durer trois de plus, ou une demie de moins, on ne verrait pas la différence...
Enfin, en tous les cas, ça dure une heure, et quoique il y ait une sorte de progression dans le spectacle – marquée par la citation des diverses résolutions qui se succèdent depuis des décennies – la structure répétitive [définie dans ma contrée comme technique du mille-feuille : une couche d'images, une couche de paroles, une couche de chants, une couche de micros. Une couche d'images, une couche de paroles, une couche de chants, une couche de micros. Etc. etc.] tend à atténuer le sentiment d'un fil et d'une évolution dramaturgique. On tourne en rond, on ressasse, on répète. Peut-être à l'image de la situation israélienne engluée depuis des années ?
Mais à dire vrai ce n'est pas cela qui m'a le plus marqué dans Jérusalem plomb durci. Non, c'est la position de la comédienne. Ruth Rosenthal est seule en scène. Robe enfantine, baskets, deux nattes un brin négligées : représentation d'une petite fille, et la supposée naïveté que l'image emporte est accentuée par l'écran vidéo à la taille démesurée fixé en fond de scène. Petite poucette arpentant la scène, Ruth Rosenthal répète, traduit, chante, danse, accompagnant la diffusion sonore des chansons, discours et voix diverses par des gestes purement illustratifs. L'équipe dit avoir adopter « les codes caricaturaux de L'Agitprop » afin de proposer un « spectacle volontairement simpliste », refusant « d'emprunter les circonvolutions trop souvent utilisées par les intellectuels israéliens afin d'édulcorer une réalité qui ne le mérite plus. » Soit. Mais à dire vrai, ce travail d'interprétation de la comédienne devient carrément redondant. Et le mimétisme de ses actions face aux discours, ajoutés à sa figure toute d'ingénuité et d'innocence me sont assez rapidement apparus comme de trop. Peut-être parce que la bande sonore et le montage vidéo se suffisent à eux-mêmes. Ou peut-être parce que je n'aime pas les mille-feuille, décidément trop garnis...

 

 


 

allez, comme je ne suis pas rancunière et aurai plaisir à revoir ce travail, voici un morceau du groupe.

 

 

* Donc là vous vous dites : comment ça, "encore elles" ? C'est que j'ai stoppé tout net l'écriture d'un précédent billet pour celui-ci. Le précédent devient donc deuxième dans la date de parution, mais toujours premier dans le fil de ma pensée. Une sorte de théorie de la relativité appliquée au Golb, en somme...

 

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