A bout de Nerf
C'est au TDB et c'est ce soir. Quoi ? La première du Nerf, création des Mécaniques célibataires emmenées par le metteur en scène et auteur Guillaume Malvoisin. À quelques heures du spectacle, à l'étage – dans les bureaux – l'atmosphère est calme. Mais en bas, et alors que les musiciens et comédiens arrivent au compte-gouttes, la tension monte... Avant le grand saut, regard sur quelques plans rapprochés du Nerf.
Des palets aux échecs
Lors d'un précédent billet, Guillaume Malvoisin expliquait les raisons qui l'avaient poussé à installer un jeu de palet sur scène. Désormais, le jeu a été remplacé par un jeu d'échecs, qui « fonctionnait mieux. Les palets il faut vraiment bien savoir y jouer pour que cela devienne intéressant. » Et pourtant, les échecs étant plus intellectuels que les palets, ils pourraient sembler inattendus dans ce cagibi accueillant marginaux de tous poils... « - Oui, c'est vrai. En même temps les personnages du Nerf n'ont aucune raison d'être illettrés, cet aspect a disparu durant les répétitions. Ils sont isolés, c'est tout. Et ce qui est drôle c'est que tout le monde poursuit la partie d'échecs. Sans que personne ne la finisse. Musicalement ça marche pas mal : nous avons installé un micro et chaque coup est amplifié via la caisse de résonance. »
quelques nerfs périphériques
Décor compte double
Impossible de le deviner à moins qu'on ne vous le dise : le décor du Nerf est un étonnant « recyclage » d'un spectacle précédent. En l'occurrence celui de la pièce de William Shakespeare Le Songe d'une nuit d'été, jouée à Théâtre en Mai 2010 par la compagnie coréenne Yohangza. Comme Guillaume Malvoisin le raconte, « lorsque nous avons présenté le projet de scénographie au TDB, Nicolas [Royer, administrateur du CDN, ndlr] a pensé à ce décor, entreposé et inutilisé depuis 2009 (l'équipe du TDB avait en effet réalisé les décors sur plan, la construction de nouveaux à Dijon coûtant moins cher que l'acheminement des existants depuis la Corée...) et dont les dimensions semblaient correspondre à nos besoins. » Après un travail d'adaptation, le décor est désormais promu à une deuxième vie. « Non seulement cela nous a permis un gain de temps et d'argent », explique Guillaume, « mais c'est assez génial sur le principe : travailler sur la base d'un décor existant pour mettre en scène un spectacle lui-même écrit sur la base d'une pièce et d'un scénario pré-existants... »
image réalisée par badneighbour et ses enfants
Commencer-finir
Lors de l'entrée en salle du public, le film vient de se terminer – le décor du Nerf représente, en effet, l'arrière-salle d'un cinéma – et les musiciens jouent encore. Pour Guillaume Malvoisin, « l'idée est que le spectateur perde ses repères habituels. On fait rentrer les gens par effraction, en les faisant arriver dans un spectacle qui a déjà débuté. » De même, lorsque la pièce touche à sa fin, une nouvelle projection du film débute. Et si rien n'est précisé, les extraits diffusés sont ceux de La Chevauchée des bannis, western américain réalisé par André De Toth en 1959. Abordant les « mêmes thématiques de bout du monde que le spectacle, le film se passe dans un tout petit bled, où des hors-la-loi viennent prendre en otage un village. Tous se retrouvent isolés dans un espace clos, bloqués par la neige. » Mais si l'esthétique du western ou, du moins, les codes du cinéma américain et de ses corps en action traversent à mots couverts Le Nerf, rien n'est clairement nommé. Théâtre de la présence et de la suggestion, plus que de l'affirmation...
nerf en août...
La boxe
Personnifiée par Ernie boxeur drogué et Chief, entraîneur isolé dans ses obsessions, la boxe est récurrente. Là encore, c'est pour le metteur en scène Malvoisin « toujours le même principe du corps qui doit coexister à la parole. Chez les cinéastes américains Raoul Walsh, Howard Hawks, les corps se déplacent pour faire avancer l'histoire. Ce qui est intéressant, c'est la baston. Le texte est, lui, accessoire. Travailler ainsi nous permet de désacraliser le texte, d'avoir une base presque naturaliste par rapport au corps et de l'installer dans un écrin qui ne l'est pas du tout. Les corps sont mis en situation et la pensée des personnages arrive un peu après. »